samedi 29 juin 2013

| Avis ¦ World War Z, des larmes et des morts

World War Z de Marc Forster


Action, fantastique, USA, 2013, 1H56
Avec Brad Pitt, Mireille Enos, Elyes Gabel
Sortie le 3 juillet 2013



L'objectif : Un jour comme les autres, Gerry Lane et sa famille se retrouvent coincés dans un embouteillage monstre sur leur trajet quotidien. Ancien enquêteur des Nations Unies, Lane comprend immédiatement que la situation est inhabituelle. Tandis que les hélicoptères de la police sillonnent le ciel et que les motards quadrillent les rues, la ville bascule dans le chaos...



Le subjectif : Printemps 2009. Après quelques heures d'une lecture intense et bouleversante, je tombe amoureux de World War Z, un pavé SF écrit par Max Brooks. Immense amateur de tout ce qui touche aux goules, zombies et autres mort-vivants, j'ai dévoré d'une traite ce livre, encensé par la critique, qui expose une vision originale et sans concession de ce que serait une Terre toute entière livrée à ces bouffeurs de chair. Outre sa rigueur et son sérieux (s'appuyant sur les lois énoncées dans le Guide de survie en territoire zombie, écrit par Max Brooks trois ans auparavant), World War Z adopte une narration rafraîchissante. Jamais nommé, son narrateur est un enquêteur de la commission post-traumatique de l'ONU, chargé de remonter le cours de cette infection mondiale, désormais éradiquée. Au fil de ses interviews, le lecteur découvre ainsi les origines de la pandémie, les phases critiques qu'a subies l'Humanité, ainsi que le dénouement du conflit et ses nombreuses répercussions géopolitiques. Le livre est un best-seller. Hollywood va en faire un film.





Successivement enthousiasmé, curieux et inquiet, j'ai attendu, fébrile, que se dessinent les premiers contours de cette adaptation. Après l'échec du premier scénariste Joseph Michael Straczynski, qui militait envers et contre tous pour conserver la trame narrative de l’œuvre originale, l'inquiétude a pris le pas sur tout le reste. Mis en scène par Marc Forster (qui venait de mettre en boîte Quantum of Solace), World War Z est devenu un divertissement d'action à gros budget, mené par un seul protagoniste principal : la tête d'affiche (et producteur) Brad Pitt. D'ailleurs, et pour mettre fin à cette longue introduction, le long-métrage s'en sort plutôt bien à ce niveau-là. Les scènes d'action sont efficaces, la tension liée aux attaques d'infectés est assez bien retranscrite, et l'acteur est vraiment convaincant dans le rôle du "sauveur-de-l'Humanité-malgré-lui". Même si on dénombre quelques facilités scénaristiques, le plaisir est là. Aussi, heureux sont ceux qui ne connaissent pas le livre : ils vont sans doute apprécier ce qu'ils vont voir.

Des attaques de zombies, mais pas de sang

Pour les autres, deux possibilités. Soit oublier totalement le bouquin ; soit déchanter, minute après minute, et se faire mal en se livrant au jeu des différences. Croyez-moi, j'ai essayé de jouer l'amnésique. Le début du film, plutôt bon, m'a bien aidé. World War Z utilise quelques idées d'autres films de zombies (atmosphère angoissante à la 28 Jours plus tard, action frénétique de L'Armée des morts, etc.), et se permet même quelques clins d’œil (le vélo, utilisé par le héros en Corée du Sud, est le moyen de transport recommandé par Max Brooks dans son Guide de survie en territoire zombie).  L'ensemble tient la route, jusqu'à un certain point, un petit détail. Mais un détail rédhibitoire. World War Z est un film avec des zombies (comme son titre l'indique), et donc avec des morsures (c'est inévitable). Problème ? On ne voit aucune effusion de sang ! Je serais même tenté de dire aucune goutte de sang. Au mieux, la caméra se détourne au moment fatidique. Au pire, l'hémoglobine est purement et simplement occultée. Résultat 1 : le film est seulement interdit aux moins de 13 ans, s'ouvre à un plus large public et la Paramount est contente. Résultat 2 : il perd toute crédibilité.



Et là, c'est le drame. Mon regard critique s'affole, mon amour du beau zombie est meurtri, je souffre. Les morts-vivants ne titubent plus comme dans les films de George A. Romero, ou dans les excellentes BD de Walking Dead. Ils ne sont plus ces êtres infectés, cadavres en décomposition, malades ou ravagés : ce sont devenus des surhommes. Ils ne courent pas ils sautent, ils jaillissent, ils volent presque. Par dizaines, centaines, milliers, ils se montent dessus, déferlent par vagues, ils s'abattent comme les essaims de sauterelles de l'Ancien Testament sur les portes, les murs... Le mur. L'image ridicule de ces zombies empilés les uns sur les autres n'a pas fini de me hanter. Avec elle, le scénario bancal et simpliste, qui fait voyager Gerry Lane (Brad Pitt) aux quatre coins de la planète (au passage, dans le livre le patient zéro ne se trouve pas en Corée mais en... Chine !), les nombreuses séquences où tout semble perdu mais où tout se termine bien, et le dénouement prétendument scientifique.


Si le résultat à l'écran, concernant les attaques de zombies au moins, est esthétique voire séduisant, le coup porté au livre de Max Brooks est terrible. Comment une œuvre aussi puissante, réfléchie et complexe a-t-elle pu accoucher d'un tel désastre ? Comment a-t-on pu violer une si belle licence sur l'autel de la rentabilité ? C'est ce qu'a récemment critiqué Straczynski, le scénariste bafoué, à Vanity Fair : "Marc (Forster, NDLR) voulait faire un gros film d'action, pas forcément bien malin, mais avec de gros décors. Si tout ce que vous voulez faire, c'est un Rambo vs. Zombies un peu débile, à quoi bon acheter les droits d'un roman élégant et intelligent ?" * La question restera sans doute sans réponse. Mais vous voulez connaître le pire ? World War Z cartonne au box-office américain : c'est le meilleur démarrage d'un film de Brad Pitt, et d'une œuvre "originale" (ni suite, ni remake, ni reboot) depuis... Avatar. Résultat 1 : World War Z va devenir une trilogie. Résultat 2 : je vais pleurer, et me consoler en jouant à l'excellent The Last of Us. En croisant les doigts pour que Marc Forster ne cherche pas à l'adapter...

* Merci à l'excellent numéro 25 du magazine Cinemateaser pour l'information !

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