dimanche 14 juillet 2013

| Avis ¦ Le grand méchant loup, il était une fois trois frères...

Le grand méchant loup de Nicolas et Bruno

 

Comédie, France, 2013, 1H47
Avec Benoît Poelvoorde, Kad Merad, Fred Testot
Sortie le 10 juillet 2013


L'objectif : Il était une fois trois frères qui vivaient heureux. Du moins le pensaient-ils. Un jour leur maman eut un accident. Alors Henri, Philippe et Louis se mirent à se questionner sur le sens de leur vie. Une grande vague de doutes pour ces quarantenaires versaillais sans histoire, qui suffit à leur faire entrouvrir la porte à l'inédit, à l'interdit, à l'aventure... au Grand Méchant Loup. De maison de paille en maison de bois, le loup aussi sexy soit-il délogera-t-il nos trois frères ? Et l'hôtel particulier en pierre de taille de l'aîné, est-il vraiment si solide ? Et si au bout du compte la vie d'adulte n'était pas complètement un conte pour enfant ?



Le subjectif : Cinq ans que j'attendais ça... Après avoir gardé, regardé et re-regardé La personne aux deux personnes, au cinéma puis devant mon écran, je piaffais d'impatience à l'idée de retrouver la patte et l'humour des deux réalisateurs Nicolas (Charlet) et Bruno (Lavaine). Il aura fallu cinq ans, donc, pour qu'un second film soit mis en boîte par les auteurs des Messages à caractère informatif (sur Canal Plus de 1998 à 2000), et du scénario de 99 Francs (et de sa suite, 99 Roubles, qui se fait attendre). Sans grande surprise, Le grand méchant loup est une comédie. Il s'agit du remake du film québécois Les 3 P'tits Cochons réalisé par Patrick Huard (le héros de Starbuck), lui-même adaptation libre et contemporaine du conte traditionnel européen. L'original comme la version de Nicolas et Bruno racontent l'histoire de trois frères, réunis au chevet de leur mère plongée dans le coma, et bien décidés à discuter de la vie, de l'amour... et de l'infidélité.




Car le "grand méchant loup" du film c'est lui : l'adultère. Ou plutôt, si l'on se réfère à l'affiche et à sa "tagline" (la femme est un loup pour l'homme), le grand méchant loup est une louve : une femme, sexy et attirante, qui ne va pas laisser d'autre choix à ces messieurs que de croquer dans le fruit défendu. Ces messieurs, ces trois frères, ce sont Henri, Philippe et Louis, du plus jeune (et frivole) au plus âgé (et sérieux). Le premier, vivant dans une maison de paille bio et prof d'aïkido, va être tenté par une de ses élèves, rencontré lors d'une séance (assez originale) de thérapie de couple : il est joué par Fred Testot. Le second, dans sa maison en bois apparent, est père de famille et marié, mais va tomber sous le charme d'une jeune actrice quinze ans plus jeune que lui : c'est Benoît Poelvoorde. Le troisième, fier de sa maison en pierre de taille et de sa famille solide et unie, est néanmoins chamboulé par les arguments physiques d'une vieille connaissance : il est campé par Kad Merad.

Des hommes qui ont le beau rôle

Successivement, la narration de Nicolas et Bruno (originale et rafraîchissante) va s'attarder sur chacun de ces personnages. Chacun leur tour, ils vont prendre la parole et faire le point sur leur vie, leurs attentes et leurs désirs, et sur ce "grand méchant loup" qui, entré dans leur univers paisible et routinier, est sur le point de le faire exploser. Autant le dire tout de suite : ce qui me gène terriblement dans ce film, c'est la légèreté avec laquelle est traitée la tromperie des hommes mariés. Ainsi, l'adultère est comparée par un des trois héros à "un énorme bol de céréales qu'on appellerait liberté", quand un autre rappelle que "quand on les trompe, c'est un peu une preuve d'amour". Certes, il s'agit d'une comédie, mais le fait est que dans Le grand méchant loup les hommes ont le plus beau rôle. Ils sont tous trois mariés, il n'est pourtant jamais question de divorce ou de pensions alimentaires quand ils vont voir ailleurs.



Mais c'est une évidence, Le grand méchant loup est une comédie, et certainement pas une étude de mœurs sur les ruptures de couples. Et à ce titre, le film de Nicolas et Bruno est vraiment réussi. En premier lieu, le mérite en revient aux deux réalisateurs, qui rythment leur récit avec des répliques et situations très drôles. On retrouve l'esprit Canal, et c'est vraiment génial. Ensuite, viennent les acteurs. Mention spéciale à Benoît Poelvoorde, vraiment à l'aise dans son rôle d'enfoiré malgré lui, qui n'a pas dû s'ennuyer face à la ravissante Charlotte Le Bon, filmée sous toutes les coutures. Fred et Kad sont en retrait mais pas en reste, comme une poignée de seconds rôles savoureux : Denis Podalydès qui incarne le pire médecin du monde, et les trois épouses bafouées, campées par Léa Drucker, Valérie Donzelli et Zabou Breitman. A cela s'ajoute du rire, encore et toujours, mais aussi plusieurs moments émouvants, comme lorsque chacun des trois frères s'étend auprès de sa mère, dans le coma, et parle avec elle. Finalement, si on fait abstraction des répercussions du sujet qu'elle traite, cette comédie est un petit bijou. Et en fin de projection, on ne peut qu'être d'accord avec les mots de Philippe, alias Benoît Poelvoorde :

Ça ne sera plus jamais comme avant, parce que tant qu'on est en vie, on n'a pas le choix. Après, c'est trop tard.

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